Publié le 15 mars 2024

Contrairement à l’idée reçue qu’il faut « forcer » la libération émotionnelle, la véritable clé est de construire d’abord un espace de sécurité intérieure. Cet article propose un cheminement respectueux pour apprendre à dialoguer avec son corps, réguler son système nerveux et laisser partir les blocages à votre propre rythme, sans jamais vous brusquer. Il s’agit moins d’une bataille que d’une réconciliation, où la douceur et la patience deviennent les outils les plus puissants pour dénouer ce qui a été figé par le temps et les épreuves.

Vous avez cette sensation persistante d’être coincé.e, comme si une force invisible freinait vos élans ? Peut-être vivez-vous avec une anxiété sourde, des douleurs chroniques qui vont et viennent sans explication médicale claire, ou une difficulté à ressentir pleinement la joie. Vous avez probablement déjà tout essayé : la pensée positive, la méditation, le sport… Ces approches sont excellentes, mais elles semblent parfois n’agir qu’en surface, sans jamais atteindre la racine du mal-être. Cette impression de tourner en rond est épuisante et profondément décourageante.

Et si la réponse ne se trouvait pas dans votre tête, mais logée bien plus profondément, dans la mémoire de votre corps ? La perspective que nous allons explorer ici est radicalement différente. Elle part d’un principe simple et fondamental : le corps n’oublie rien. Chaque stress, chaque peur, chaque parole non dite et chaque traumatisme, même celui que l’on croit oublié, peut se cristalliser dans nos tissus, nos muscles, nos fascias. La véritable clé n’est donc pas de « combattre » ces blocages, mais d’apprendre à dialoguer avec eux dans un cadre de sécurité absolue. Avant de chercher à forcer la porte, nous apprendrons ensemble à construire la clé : un « contenant » interne solide et bienveillant pour accueillir ce qui a besoin d’être entendu, puis libéré.

Cet article est un guide pas à pas, doux et respectueux, pour vous accompagner sur ce chemin de libération psycho-corporelle. Nous verrons comment reconnaître les messages de votre corps, comprendre l’origine de vos blocages, et surtout, nous découvrirons des outils concrets pour créer cet espace de sécurité indispensable avant de permettre aux émotions lourdes de s’évacuer en douceur, à votre propre rythme.

Pour ceux qui préfèrent une approche synthétique et visuelle, la vidéo suivante offre une excellente introduction pour comprendre les mécanismes du traumatisme et leur impact sur notre vie. C’est un complément parfait pour poser les bases de notre exploration.

Pour naviguer aisément à travers les différentes étapes de ce parcours de libération, voici les thèmes que nous aborderons. Chaque section est une pierre posée sur le chemin de votre réconciliation intérieure, vous guidant de la compréhension des signaux à l’action libératrice.

Votre mal de dos chronique cache-t-il une vieille colère ? Comprendre le langage des somatisations

Le corps est un livre d’histoire vivant. Chaque tension, chaque douleur récurrente est une phrase qui tente de nous raconter quelque chose. La somatisation n’est pas une faiblesse ou une invention de l’esprit ; c’est le langage le plus direct et le plus honnête de notre inconscient. Quand les mots ne peuvent sortir ou que les émotions sont trop intenses pour être traitées par le mental, le corps prend le relais. Il ne s’agit pas de « punition », mais d’un mécanisme de survie : en figeant une émotion dans un muscle ou un organe, le système nerveux nous protège d’une surcharge psychique. Cependant, cette solution à court terme crée des problèmes à long terme, car selon les experts en psychologie, les émotions non résolues peuvent se transformer en véritables pathologies physiques.

Étude de cas : la mémoire corporelle d’une humiliation

Lors d’une séance d’ostéothérapie, un adolescent traité pour des douleurs pelviennes chroniques a soudainement été submergé par le souvenir vivace d’une humiliation subie au collège, des années auparavant. Alors que le praticien travaillait sur la zone de son bassin, l’émotion bloquée s’est libérée, accompagnée de pleurs. Cet exemple illustre parfaitement comment une blessure psychologique peut se « cristalliser » dans une partie spécifique du corps, créant des tensions et des douleurs persistantes jusqu’à ce que l’émotion originelle soit reconnue et accueillie.

Apprendre à décoder ces messages est le premier pas vers la libération. Il ne s’agit pas d’appliquer des grilles de lecture rigides, mais d’initier un dialogue corporel bienveillant. Si votre mâchoire est constamment serrée, au lieu de vous ordonner de la détendre, demandez-vous : « Quelle frustration, quelle colère est-ce que je retiens ici ? ». Ce simple changement de perspective transforme la douleur d’un ennemi à combattre en un messager à écouter.

Voici quelques pistes, à considérer comme des invitations au dialogue plutôt que des diagnostics :

  • Mâchoire serrée : colère inexprimée ou frustration contenue.
  • Gorge nouée : paroles non-dites, vérités refoulées.
  • Ventre contracté : peur non digérée, anxiété profonde.
  • Épaules tendues : responsabilités écrasantes, le sentiment de porter le monde.
  • Dos douloureux : un fardeau émotionnel, un manque de soutien ressenti.
  • Bassin bloqué : une créativité ou une sexualité réprimée.

Le « tapping » pour les nuls : comment calmer une angoisse ou une colère en quelques minutes avec vos doigts

Lorsque nous commençons à écouter notre corps, les émotions peuvent remonter avec une intensité surprenante. Une vague de tristesse, un pic de colère ou une angoisse peuvent nous submerger. C’est ici qu’intervient notre principe fondamental : la sécurité d’abord. Avant de plonger dans les profondeurs, il nous faut une bouée, un outil simple et efficace pour nous aider à ne pas nous noyer. Le « tapping », ou EFT (Techniques de Libération Émotionnelle), est l’une de ces bouées les plus accessibles. Cette technique consiste à tapoter doucement sur des points spécifiques du corps, qui sont les terminaisons de méridiens énergétiques, tout en se concentrant sur l’émotion ressentie.

L’objectif n’est pas de faire disparaître l’émotion, mais de diminuer son intensité pour la rendre gérable. C’est un moyen de communiquer directement avec le système nerveux autonome pour lui dire : « Je suis en sécurité, même si je ressens cela ». Le tapping aide à rester dans sa fenêtre de tolérance, cet état où l’on peut ressentir et traiter une émotion sans être paralysé (hypo-activation) ou paniqué (hyper-activation).

Gros plan sur une main tapotant délicatement le point karaté avec fond flou apaisant

Imaginez que votre angoisse est un volume sonore réglé sur 10. Le tapping permet de baisser ce volume à 4 ou 5, un niveau où vous pouvez continuer à « écouter » le message de l’émotion sans être assourdi. C’est un acte d’auto-régulation et de compassion envers soi-même, une façon de se prendre par la main au cœur de la tempête. La beauté de cet outil est sa simplicité et sa disponibilité : vous avez toujours vos mains sur vous.

Voici un protocole d’urgence, simple et discret, que vous pouvez utiliser n’importe où :

  • Point karaté (sur le tranchant de la main) : Tapotez doucement environ 7 fois en vous disant, à voix haute ou dans votre tête : « Même si je ressens cette angoisse/colère, je m’accepte complètement et profondément ».
  • Point clavicule (juste sous les os de la clavicule) : Stimulez cette zone en tapotant doucement tout en prenant 3 grandes respirations profondes.
  • Point sous le bras (à environ 10 cm sous l’aisselle) : Tapotez cette zone en pensant à la situation stressante, puis basculez consciemment votre attention sur un souvenir ou une image apaisante.
  • Évaluation : Répétez ce petit cycle 2 ou 3 fois, et prenez un instant pour noter comment l’intensité de l’émotion a diminué sur une échelle de 0 à 10.

Même des années après, le traumatisme peut encore piloter votre vie : reconnaître les signaux d’alerte

Parfois, nos réactions nous échappent complètement. Une remarque anodine déclenche une colère explosive, une situation de stress nous fige sur place, ou nous nous sentons étrangement détachés de nos propres émotions, comme si nous regardions notre vie à travers une vitre. Ces réactions, souvent jugées « disproportionnées », sont des signaux d’alerte. Ils nous indiquent qu’un programme plus ancien, logé dans notre système nerveux, vient de prendre les commandes. Ce programme est souvent la conséquence d’un traumatisme non résolu, qui peut continuer à piloter notre vie en coulisses, même des décennies après l’événement.

Le traumatisme ne se limite pas aux événements dramatiques. Il survient chaque fois qu’une situation a été trop intense, trop rapide ou trop soudaine pour que notre système nerveux puisse la traiter et revenir à un état de calme. Cela laisse une charge d’énergie de survie (combat, fuite ou figement) encapsulée dans le corps. Dès lors, toute situation qui rappelle, même de très loin, le contexte initial peut réactiver cette charge et déclencher les mêmes réponses de survie, de manière automatique et inconsciente. C’est ce qu’on appelle une reviviscence traumatique.

L’héritage invisible : quand le traumatisme se transmet

Les recherches en épigénétique ont fait une découverte bouleversante : les traumatismes peuvent laisser des marques sur notre ADN et être transmis aux générations suivantes. Des enfants et petits-enfants de survivants de guerre ou de famine peuvent présenter des schémas d’anxiété, d’hypervigilance ou des réponses au stress biologiquement similaires à ceux de leurs aïeux, sans avoir jamais vécu les événements eux-mêmes. Cela valide l’idée que nous pouvons parfois porter des « héritages émotionnels » qui ne nous appartiennent pas, expliquant des blocages qui semblent n’avoir aucune origine dans notre propre histoire de vie.

L’un des signaux les plus courants et les plus déroutants est la dissociation. C’est un mécanisme de protection où l’esprit se « déconnecte » du corps pour ne pas ressentir une douleur ou une peur insupportable. Si elle est vitale sur le moment, elle peut devenir un schéma chronique qui nous coupe de notre vitalité. Apprendre à en reconnaître les signes est crucial.

  • Votre respiration se coupe ou devient très superficielle sans raison apparente ?
  • Votre regard devient vague, vous « partez » ailleurs pendant une conversation ?
  • Vous avez la sensation d’être « à côté de votre corps », de flotter ou de vous observer de l’extérieur ?
  • Vous ressentez un engourdissement soudain, une insensibilité à la douleur ou à la température ?
  • Vous avez des « trous » dans la mémoire de certains événements stressants ?

Le pardon n’est pas un cadeau que vous faites, c’est une chaîne que vous brisez : la clé de la libération

Le mot « pardon » est souvent lourd de sens, chargé d’injonctions morales ou religieuses. On nous dit qu’il « faut » pardonner pour avancer. Mais cette vision du pardon comme un acte de générosité envers l’autre est souvent un obstacle majeur à la libération. Car comment pardonner l’impardonnable ? Comment offrir un cadeau à celui ou celle qui nous a blessé.e ? Cette approche est une impasse. Il est temps de redéfinir le pardon, non comme un acte social, mais comme un acte radical d’auto-libération.

Le pardon qui guérit est un pardon égoïste. Il ne s’agit pas de l’autre, mais de vous. Il ne s’agit pas d’excuser l’acte, mais de décider de ne plus lui laisser le pouvoir de consumer votre énergie vitale au présent. Le ressentiment, la colère, la haine sont des liens énergétiques puissants qui vous maintiennent attaché.e à la personne ou à la situation qui vous a fait souffrir. C’est comme être enchaîné.e à son bourreau et le traîner avec soi chaque jour. Pardonner, dans ce contexte, c’est décider de couper cette chaîne, pour vous. Uniquement pour vous.

Mains ouvertes relâchant des chaînes dorées qui se dissolvent dans la lumière

Cette approche change tout, car elle ne nécessite ni contact, ni confrontation, ni même que l’autre personne reconnaisse ses torts. C’est une décision intérieure, un acte unilatéral de souveraineté personnelle. Comme le formule si justement une approche thérapeutique moderne :

Le pardon égoïste est un acte unilatéral pour récupérer son énergie et sa paix intérieure, qui ne nécessite ni contact ni approbation de l’autre personne.

– Approche thérapeutique moderne, Concepts de libération émotionnelle

Ce processus est intime et ne doit jamais être forcé. Il se déroule en plusieurs étapes, à votre propre rythme, dans le secret de votre jardin intérieur.

  1. Reconnaître la blessure : Autorisez-vous à ressentir pleinement la colère, la tristesse, l’injustice. Nommez l’émotion sans la juger. C’est votre vérité.
  2. Exprimer l’impact : Dans un espace sécurisé (par écrit dans une lettre que vous ne posterez jamais, ou à voix haute quand vous êtes seul.e), exprimez tout ce que vous avez sur le cœur. Le but est de sortir le venin.
  3. Identifier le coût : Prenez conscience de ce que le non-pardon vous coûte aujourd’hui. Combien d’énergie, de pensées, de joie cela vous vole-t-il au quotidien ?
  4. Poser un acte symbolique : Quand vous vous sentez prêt.e, posez un acte qui symbolise cette libération. Brûlez la lettre, enterrez un objet qui représente la blessure, visualisez que vous coupez un lien. C’est un rituel pour vous-même, qui ancre la décision dans la matière.

Respirez pour pleurer, criez pour vous libérer : comment le souffle et la voix peuvent débloquer les émotions

Une fois que nous avons appris à reconnaître les signaux et à nous réguler, nous pouvons commencer à approcher le cœur du sujet : comment permettre aux émotions encapsulées de bouger et de sortir ? La réponse la plus puissante et la plus accessible se trouve dans notre propre corps : le souffle et la voix. La respiration n’est pas seulement une fonction biologique ; c’est le pont entre notre conscient et notre système nerveux autonome. En modifiant consciemment notre souffle, nous pouvons envoyer des signaux de sécurité ou d’activation à notre corps. De même, la voix, par le cri, le chant ou le simple soupir, est l’un des outils de décharge émotionnelle les plus naturels qui soient.

Un réflexe que nous avons tous est le soupir. Loin d’être un signe de lassitude, c’est un mécanisme de régulation essentiel. En effet, les neurosciences ont validé que cette technique, connue sous le nom de « soupir physiologique » (une double inspiration par le nez suivie d’une longue expiration par la bouche), active directement le système nerveux parasympathique, responsable de l’apaisement et du retour au calme. C’est une commande de « reset » que nous pouvons utiliser à tout moment.

Mais pour que la libération par les pleurs ou les cris soit thérapeutique et non re-traumatisante, elle doit se faire à l’intérieur d’un contenant sécurisé. Crier sa colère dans un embouteillage ne fait qu’augmenter le stress. S’autoriser à pleurer ou à crier dans un cadre intentionnel et sécurisé est profondément libérateur. Il s’agit de créer un espace-temps sacré où tout est permis, où le corps sait qu’il peut enfin relâcher la pression sans danger. Cette préparation est l’étape la plus importante du processus.

Votre feuille de route pour créer un contenant sécurisé : l’expression émotionnelle

  1. Points de contact : Choisir un espace privé et un moment défini (ex: dans votre voiture garée, sous la douche, pour une durée de 15 minutes que vous programmez).
  2. Collecte : Inventorier et préparer votre matériel de soutien. Prévoyez un coussin pour étouffer les sons, des mouchoirs, un verre d’eau tiède, une couverture douce pour l’après.
  3. Cohérence : Confronter l’action à votre intention. Posez un rituel d’ouverture (3 respirations profondes) et demandez-vous : « Suis-je vraiment prêt.e à accueillir ce qui pourrait venir, avec bienveillance ? ». L’honnêteté envers soi-même est la clé.
  4. Mémorabilité/émotion : Repérer le signal de départ et laisser le corps initier. Ne « forcez » rien. Laissez un soupir, un son, un tremblement commencer le mouvement. Les pleurs ou les cris viendront d’eux-mêmes si c’est juste.
  5. Plan d’intégration : Planifier le retour au calme est essentiel. Après la phase d’expression, prenez le temps de vous envelopper dans la couverture, de boire de l’eau, et d’écrire simplement 3 lignes sur votre ressenti pour ancrer et intégrer l’expérience.

L’origine des blocages : traumatismes, émotions refoulées, croyances

Pour dénouer un nœud, il est utile de comprendre comment il s’est formé. Nos blocages émotionnels ne sortent pas de nulle part. Ils sont les cicatrices de notre histoire, les conséquences logiques d’événements que notre système n’a pas pu « digérer » complètement. On peut les classer en trois grandes catégories : les traumatismes, les émotions refoulées et les croyances limitantes. Souvent, ces trois éléments sont intimement liés. Un traumatisme peut engendrer une émotion de honte qui est refoulée, ce qui crée la croyance « je ne suis pas assez bien ».

Il est crucial de démystifier le mot « traumatisme ». Nous avons tendance à le réserver aux grands drames (guerre, accident, agression), ce que les experts appellent les traumas avec un grand « T ». Mais il existe aussi une multitude de traumatismes avec un petit « t », des événements qui, pris isolément, peuvent paraître bénins, mais dont l’accumulation ou l’occurrence à un âge vulnérable peut avoir un impact tout aussi dévastateur. Une humiliation répétée à l’école, la négligence émotionnelle, des critiques constantes peuvent dysréguler en profondeur le système nerveux d’un enfant et créer des blocages durables à l’âge adulte.

Cette distinction est essentielle car elle valide l’expérience de millions de personnes qui souffrent sans avoir vécu de « grand drame » apparent. Votre souffrance est légitime. Le tableau suivant, inspiré d’une analyse sur la résilience post-traumatique, aide à mieux comprendre ces deux facettes.

Distinction entre Trauma ‘T’ et trauma ‘t’
Trauma avec grand ‘T’ Trauma avec petit ‘t’ Impact commun sur le corps
Accident grave, agression Humiliation répétée Hypervigilance constante
Catastrophe naturelle Négligence émotionnelle Tensions musculaires chroniques
Violence physique Critiques permanentes Troubles digestifs
Événement unique intense Micro-agressions cumulées Système nerveux dysrégulé

À côté des traumatismes, les émotions refoulées sont une autre source majeure de blocages. Dans une famille ou une culture où « les garçons ne pleurent pas » ou « il ne faut pas se mettre en colère », nous apprenons très tôt à verrouiller certaines émotions. Mais une émotion est une énergie en mouvement (e-motion). Si on l’empêche de bouger, elle ne disparaît pas : elle stagne et « fermente » à l’intérieur, créant des tensions physiques et psychiques. Enfin, les croyances limitantes (« je suis nul.le », « je ne mérite pas l’amour », « la vie est un combat ») agissent comme des filtres qui colorent toute notre réalité et nous maintiennent dans des schémas d’auto-sabotage, renforçant les blocages existants.

Libérer la colère ou la tristesse : le protocole pour laisser partir les émotions lourdes

Une fois le contenant sécurisé bien établi, et avec une meilleure compréhension de l’origine de nos blocages, nous pouvons aborder la phase de décharge contrôlée. Le corps, lorsqu’il se sent enfin en sécurité, peut commencer à vouloir se délester de l’énergie de survie accumulée. L’un des moyens les plus instinctifs et puissants de faciliter ce processus est le tremblement, ou « shaking » thérapeutique. Observez les animaux dans la nature : après un grand stress (comme avoir échappé à un prédateur), ils se secouent de tout leur corps pour évacuer la montée d’adrénaline et revenir à un état de calme. Nous, humains civilisés, avons perdu ce réflexe, et nous gardons cette charge en nous.

Le « shaking » thérapeutique consiste simplement à réinviter volontairement ce tremblement naturel. Ce n’est pas un exercice de fitness, mais un processus de lâcher-prise où l’on autorise le corps à bouger comme il en a besoin. C’est une méthode profondément efficace pour libérer les tensions musculaires chroniques liées à la peur et à l’anxiété, et laisser l’énergie figée se remettre en mouvement.

Espace méditatif avec bougie, eau dans un bol et plumes sur tissu naturel

Voici un protocole simple à expérimenter, toujours après avoir consciemment créé votre espace de sécurité :

  • Mettez-vous debout, les pieds écartés à la largeur des hanches, les genoux légèrement fléchis.
  • Commencez par secouer doucement vos mains et vos poignets, comme pour vous débarrasser de gouttes d’eau, pendant 30 secondes.
  • Laissez progressivement le mouvement s’amplifier aux bras, puis aux épaules et au torse. Laissez votre tête suivre le mouvement si c’est confortable.
  • Invitez les tremblements à descendre dans votre bassin, vos cuisses, vos jambes. L’idée est de laisser le corps trouver son propre rythme, sans chercher à contrôler.
  • Maintenez ce tremblement généralisé pendant 5 à 10 minutes. Accueillez les sons, les soupirs ou les émotions qui peuvent émerger.
  • Terminez en vous arrêtant d’un coup et en restant immobile, debout ou assis, pendant 2 minutes. C’est la phase d’intégration, où vous observez les nouvelles sensations, le calme, l’espace qui s’est créé.
  • Buvez un verre d’eau et, si possible, notez quelques mots sur votre ressenti dans un carnet.

Après une telle libération, il peut y avoir une sensation de vide, de calme inhabituel. Il est crucial de ne pas se précipiter pour remplir cet espace avec de nouvelles distractions. C’est un moment sacré de renaissance.

Le vide fertile après la libération émotionnelle est un espace sacré de renaissance. Il ne faut pas le remplir immédiatement avec les anciennes angoisses, mais le cultiver avec douceur et nouvelles intentions.

– Approche somatique intégrative, Principes de thérapie corporelle

À retenir

  • Votre corps communique constamment avec vous à travers des douleurs et tensions (somatisations) ; apprendre à écouter ce langage est la première étape.
  • La libération émotionnelle doit impérativement être précédée par la création d’un « contenant sécurisé » pour éviter d’être submergé.e. La sécurité avant tout.
  • Des techniques comme le tapping (EFT) ou le « shaking » thérapeutique sont des outils puissants pour réguler le système nerveux et permettre une décharge contrôlée et douce des émotions bloquées.

Reiki et émotions : comment cette pratique peut-elle devenir votre ancre dans la tempête ?

Après avoir exploré le langage du corps, les origines des blocages et les méthodes de libération active, il est essentiel d’aborder la question du soin sur le long terme. Comment maintenir cet état de fluidité et de sécurité intérieure une fois la tempête passée ? Comment cultiver ce fameux « vide fertile » ? C’est ici que des pratiques douces comme le Reiki peuvent jouer le rôle d’une ancre quotidienne. Le Reiki est une approche énergétique d’origine japonaise qui se pratique par l’imposition des mains. Son objectif n’est pas de « pousser » ou de « forcer » quoi que ce soit, mais d’offrir au corps une source d’énergie douce et bienveillante pour qu’il puisse activer ses propres capacités d’auto-guérison.

L’un des bienfaits les plus profonds et scientifiquement observables du toucher thérapeutique, qu’il soit pratiqué par un autre ou sur soi-même, est son effet direct sur le système nerveux. En effet, les études sur le système nerveux autonome montrent que le toucher doux et intentionnel active la branche parasympathique, celle du « repos et de la digestion ». Il envoie au cerveau un signal puissant de sécurité, aidant le corps à sortir de l’état d’hypervigilance chronique dans lequel les traumatismes nous maintiennent souvent enfermés.

Le Reiki, ou même simplement l’auto-traitement par le toucher conscient, devient alors une pratique d’entretien de notre « contenant intérieur ». C’est une manière de dire à son corps chaque jour : « Je suis là, je t’écoute, tu es en sécurité ». C’est une hygiène émotionnelle, au même titre que se brosser les dents est une hygiène physique. Cela permet d’intégrer les libérations passées et de gérer les stress du quotidien avant qu’ils ne se cristallisent à nouveau en blocages.

Vous pouvez expérimenter cette sensation d’ancrage avec une routine très simple d’auto-traitement, à pratiquer le matin au réveil ou le soir avant de dormir :

  • Asseyez-vous ou allongez-vous confortablement. Placez une main sur votre cœur et l’autre sur votre plexus solaire (juste en dessous de la poitrine).
  • Fermez les yeux et prenez 3 respirations lentes et profondes, en sentant le contact et la chaleur de vos mains sur votre corps.
  • Visualisez une douce lumière dorée ou de la couleur de votre choix qui circule entre vos deux mains, à travers votre poitrine et votre ventre, apaisant tout sur son passage.
  • Maintenez cette position pendant 5 à 10 minutes, en restant simplement présent.e aux sensations, sans rien attendre de particulier.
  • Si une pensée ou une émotion surgit, imaginez qu’elle est un nuage qui passe dans le ciel de votre conscience. Accueillez-la sans vous y accrocher, et revenez à la sensation de chaleur de vos mains.
  • Terminez en remerciant silencieusement votre corps pour sa sagesse et sa résilience.

Le chemin pour libérer les mémoires du corps est un marathon, pas un sprint. Chaque étape, chaque outil présenté ici est une invitation à plus de douceur et de compassion envers vous-même. Pour continuer sur cette voie de dialogue et de réconciliation, la prochaine étape consiste à intégrer, à votre rythme, l’une de ces approches d’ancrage dans votre quotidien, comme un acte de dévotion à votre propre bien-être.

Rédigé par Sophie Fournier, Sophie Fournier est thérapeute psycho-corporelle, formée aux approches de la Somatic Experiencing et de la libération des traumas depuis 8 ans. Elle se spécialise dans le dialogue avec la mémoire du corps pour dénouer les blocages émotionnels profonds.